En effet, les propos de M. Darmanin ne concernent pas uniquement les islamistes. Le lendemain, sur le plateau de C NEWS, il déclarera sans ambiguïté que «les évangéliques sont également un problème très important», sans toutefois détailler les raisons de notre prétendue dangerosité envers la République. Sans honte, il nourrit un amalgame scandaleux entre des islamistes qui prônent la haine et la violence, qui perpétuent «des attentats et des meurtres» dans un objectif clairement assumée de renverser la République, et des chrétiens qui s’évertuent au quotidien à vivre en société comme des «ouvriers de paix», même s’ils assument légitimement des divergences morales et spirituelles envers certains mœurs actuels.
Serions-nous dans une société tellement décadente, comme le fut en son temps l’Empire Romain, que certains ne supporteraient plus la lumière de l’Evangile au sein de la République ? L’enseignement de la sainteté va-t-il devenir un délit d’opinion ? Un crime de lèse-majesté ? Tout en luttant contre la barbarie islamiste, la République voudrait-elle décapiter à son tour, les nouveaux «Jean-Baptiste» qui osent dénoncer le péché et appeler à la repentance ?
Respectueux depuis toujours de ceux qui nous gouvernent – peut-être même parfois à l’excès (1) -, les évangéliques dérangent en raison de leurs valeurs morales et spirituelles qu’ils puisent dans la révélation biblique et non dans les dernières déviances en vogue. Et jusqu’à preuve du contraire, la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, nous rappelle salutairement dans son article 10 que «nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi». Par ailleurs, le principe de laïcité prévaut dans notre nation, et comme le rappelle très justement le CNEF, «la laïcité n’a pas à nous demander un choix entre la foi et les principes républicains, au contraire ! La laïcité nous libère du jugement de l’Etat sur notre foi, tant qu’elle ne trouble pas l’ordre public» (2).
De toute évidence, M. Darmanin joue la carte de l’instrumentalisation politique des évangéliques, afin de s’en servir comme caution pour justifier son projet de loi liberticide. Oui, la lutte contre le projet de conquête islamiste est primordiale, en raison des nombreux troubles et menaces avérés et manifestes à l’ordre public. Mais cette lutte qui est pleinement soutenue par les protestants évangéliques, ne justifiera jamais cette tentative d’insurrection spirituelle de la République sur les lois éternelles de Dieu. Que le trône de cette gouvernance jupitérienne redescende d’un cran, s’il ne veut pas subir les conséquences de son imposture blasphématoire.
Dans sa lutte contre le réel danger islamiste, le Ministre de l’Intérieur serait donc bien avisé de ne pas tenir des propos irresponsables, et j’espère, à l’avenir, que tout propos diffamatoire qui pourrait émaner de la place Beauvau, fera immédiatement l’objet de poursuite judiciaire. Que la justice et la vérité triomphent toujours du mal au sein de notre République.
Quoi qu’il en soit, il est bon de graver dans le marbre de l’histoire que ce ne sont pas les évangéliques qui ont un quelconque problème avec la République, mais que c’est bel et bien la République, par la voix autorisée et visiblement non-contredite de l’un de ses Ministres, qui lance les hostilités en nous considérant aujourd’hui comme un «problème important».
Une brève analyse spirituelle des enjeux politiques actuels
Sur le plan spirituel, ces déclarations de M. Darmanin ne sont pas des dérapages hasardeux. Je crois, bien au contraire, que depuis quelques années, le politique nous entraîne, lentement mais sûrement, dans une nouvelle ère prophétique, en suivant un plan bien établi… Rien de quoi surprendre ceux qui étudient la Parole de Dieu.
Voici un bref aperçu de cette analyse spirituelle :
- En 2013, sous la présidence de François Hollande, marquée par le slogan : «le changement, c’est maintenant !», nous avions déjà passé un premier cap historique, avec l’officialisation de la dénaturation du mariage et de la famille, tel que Dieu l’a défini depuis le commencement. La résistance pacifique de l’Eglise – toute dénomination confondue – pour défendre l’institution sacrée du mariage et les valeurs de la famille, fut elle aussi historique, par son ampleur exceptionnelle et sa persistance, envers et contre tout. Cette promulgation du «mariage pour tous» et tout ce qu’il engendre, replace l’Eglise d’aujourd’hui dans un contexte similaire à celui de l’Eglise primitive qui était pleinement confrontée à ce délitement moral qui régnait en maître au sein de l’Empire Romain (Cf Romains 1-2).
- En 2016, quelques mois avant l’élection d’Emmanuel Macron à la Présidence de la République, nous avions vu paraître les prémices de ce qui se produit aujourd’hui. En effet, le 31 août était enregistrée à l’Assemblée Nationale, une proposition de loi pénalisant la prédication subversive, dans les termes suivants : «Constitue une prédication subversive, le prêche, l’enseignement ou la propagande, par des paroles ou des écrits publics et réitérés, d’une idéologie qui fait prévaloir l’interprétation d’un texte religieux sur les principes constitutionnels et fondamentaux de la République». A cette époque, cette proposition de loi émanant de Nathalie Kosciusko-Morizet, avait été rejetée par les députés. Néanmoins, celle-ci fut tout de même signée par 51 élus de la République, ce qui était déjà un signal fort de la dérive du politique, en matière de laïcité et de liberté d’expression. Ce texte visait essentiellement la lutte contre l’islamisme. Or, nul n’est besoin pour le gouvernement de chercher à limiter l’expression de la foi de l’ensemble des croyants qui ne «troublent pas l’ordre public», en proposant de nouvelles lois liberticides, puisque la loi actuelle permet déjà de condamner lourdement la provocation à la haine, la provocation à la commission de crime, ou encore l’apologie du terrorisme. Dans un article publié en 2018, le pasteur Etienne Lhermenault avait commenté (3) cette actualité par une analogie particulièrement pertinente : «Bien que l’exposé des motifs dise clairement qu’est visée la radicalité politico-religieuse, prônée par des prédicateurs musulmans, le caractère non discriminatoire de la loi républicaine obligeait la rédactrice à user de termes généraux, ce qui revenait à mettre en cause toute prédication qui oserait dénoncer le caractère inique de tel principe constitutionnel ou fondamental de la République. Nul doute qu’avec une telle loi, si vous me permettez cette analogie quelque peu anachronique, le pasteur Martin Luther King aurait été empêché de prêcher dans l’Amérique ségrégationniste de son temps». En d’autres termes, celui qui est aujourd’hui toujours considéré comme une figure emblématique de la défense des droits civiques, pourrait être demain, perçu comme un «problème important» aux yeux de la République. Les nouveaux «Luther King» seront-ils désormais perçus comme des menaces insurrectionnelles par les nouvelles lois à venir ?
- En 2017, Emmanuel Macron devient le Président de la République française et se définit lui-même comme un président «jupitérien». La formule a peut-être échappé à l’analyse spirituelle de la plupart des chrétiens, et pourtant l’évocation de Jupiter est loin d’être anodine. Dans la mythologie romaine, Jupiter n’est pas un simple «dieu», il est celui qui se prétend le «roi des rois, le dieu des dieux» et il gouverne avec un «caractère impérieux, dominateur». Dans son histoire, la France a connu la monarchie de droit divin, au sein de laquelle le pouvoir du souverain était légitimé par la volonté de Dieu. Mais la République jupitérienne va beaucoup plus loin et nous assistons à une étonnante inversion. En effet, c’est désormais le président souverain qui va délimiter le pouvoir de Dieu plutôt que de s’y soumettre et de l’incarner ! Jupiter est à cet égard une forme évidente d’antichrist et nous renvoie à la convoitise de Lucifer qui voulait placer son trône au-dessus «des étoiles de Dieu» (Esaïe 14v12-15). Pour mieux s’en convaincre, Jupiter évoque un épisode historico-spirituel très fort. En effet, alors que le temple de Jérusalem avait été détruit en l’an 70 par les armées romaines, et que de nombreux juifs moururent en martyr, l’empereur Adrien va rebâtir les murailles de Jérusalem et il fit élever un temple à Jupiter sur l’emplacement du temple de Salomon, ce qui indigna profondément les Juifs qui se soulevèrent, avant d’être de nouveau massacrés ou dispersés. Autre élément intéressant à noter de cette époque : «Majoritairement, les historiens pensent aujourd’hui que le temple devait être détruit, parce qu’il était le cœur de la résistance juive. On le voit sur les monnaies émises par l’Etat juif entre 66 et 70, le temple symbolisait l’alliance de Dieu avec le peuple juif et la guerre», ce qui représentait «la protection du sanctuaire contre un pouvoir romain devenu ennemi du temple. Pour apaiser les tensions, pour mettre fin aux idées résistantes, Titus pourrait avoir sciemment détruit ce haut-lieu politico-religieux. La mesure aurait été seulement pragmatique et même préventive» (4). Toute ressemblance avec des faits actuels ne serait bien évidemment que fortuite. Néanmoins, nous sommes en droit de nous interroger : assistons-nous, sur le plan prophétique, à une sorte de résurgence spirituelle de l’empire romain, sous la houlette de la domination jupitérienne, qui incarne un projet hautement et symboliquement antichrist ? Sommes-nous en train d’entrer dans une nouvelle ère où toute résistance spirituelle sera considérée comme un ennemi à abattre par la République ? Le principe fondamental de laïcité est-il en train de muter en un laïcisme intolérant qui ne permettrait plus de garantir une réelle neutralité de l’Etat qui nous gouverne ? Déjà en 2018, le pasteur Etienne Lhermenault alertait à ce sujet : «En effet, la loi de 1905, dite de séparation des Eglises et de l’Etat garantit à tous de façon égale, sous réserve du respect de l’ordre public, la liberté religieuse et la liberté d’expression, y compris dans l’espace public. Dès lors que l’Etat interfère dans l’organisation d’une religion ou d’un culte, non pour réprimer les manquements à l’ordre public, ce que la loi autorise, mais pour qualifier la prédication et donc la croyance, définir le contenu de la formation des ministres du culte ou encore limiter les lieux d’expression de la foi, transgresse la loi qui gouverne ses relations avec les cultes et rompt le pacte laïque défini par le droit. Voilà pourquoi je n’hésite pas à dire qu’un Etat qui interdirait aux croyants de mettre leur foi au-dessus des lois de la République, prendrait le risque de rompre le fragile équilibre du pacte laïque laborieusement mis au point dans notre histoire».
- En 2021, nous sommes donc parvenus, par l’entremise du Ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, aux prémices d’une nouvelle République, d’une nouvelle ère prophétique, qui veut désormais interdire aux croyants de mettre leur foi au-dessus des lois de la République. Les propos du Ministre sont sans ambiguïté : «Nous ne pouvons plus discuter avec des gens qui refusent d’écrire sur un papier que la loi de la République est supérieure à la loi de Dieu». La loi liberticide portée par M. Darmanin est la résurgence de la proposition de loi de Mme Morizet en 2016. L’une comme l’autre posent la République et ses principes en surplomb des religions. «Au-dessus de toute considération, de toute croyance, de tout discours se trouve Sainte République devant laquelle tout prédicateur doit s’incliner. Pris au pied de la lettre, c’est ouvrir la voie à un Etat totalitaire, qui régente jusqu’aux propos délivrés dans les lieux de culte. Et comme la République et ses principes n’ont pour garants que des hommes faillibles, c’est se livrer pieds et poings liés à la tyrannie des puissants. (…) Il y a là un glissement sémantique qui indique que la laïcité n’est plus simplement un cadre qui organise le pluralisme des convictions religieuses, mais une croyance en soi qui s’impose à toutes les autres, qui prétend repousser dans la sphère privée et entre les murs des édifices religieux, l’expression des convictions religieuses, et qui juge a priori toute expression publique de la foi, au mieux comme nuisible, au pire comme dangereuse», s’insurge à nouveau le pasteur Etienne Lhermenault.
Qu’on se le dise, l’Eglise ne déclare pas la guerre à la République et respecte pleinement le cadre protecteur de la laïcité, tout en refusant l’extrémisme et l’intolérance laïciste. Mais la véritable Eglise de Christ, les authentiques ministères dont la vocation est céleste, ne signeront aucun pacte qui remettrait en cause la nature même de la foi chrétienne, ou qui réclamerait une altération du message évangélique. Depuis 2000 ans, en tout temps et en toutes circonstances, la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu est annoncée et quelles que soient les mesures prises par M. Darmanin, cette Bonne nouvelle sera prêchée en France et jusqu’aux extrémités du monde.
Si M. Darmanin ne veut plus nous écouter, et qu’il préfère rejoindre la cohorte de ces hommes qui «ne supportent plus la saine doctrine», s’il choisit en son âme et conscience de «se donner une foule de docteurs», afin d’écouter «des choses agréables, selon ses propres désirs», grand bien lui fasse ! Mais pour notre part, nous continuerons à faire «l’œuvre d’un évangéliste» (II Tim. 4v3-5) .
«Ils te feront la guerre, mais ils ne te vaincront pas» (Jérémie 1v19)
«Si le monde vous hait, sachez qu’il ma haï avant vous. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui est à lui, mais parce que vous n’êtes pas du monde, et que je vous ai choisis du milieu du monde, à cause de cela le monde vous hait» (Jean 15v18-19)
«Je leur ai donné ta parole et le monde les a détestés parce qu’ils ne sont pas du monde, tout comme moi, je ne suis pas du monde. Je ne te demande pas de les retirer du monde, mais de les préserver du mal. Ils ne sont pas du monde, tout comme moi, je ne suis pas du monde. Consacre-les par ta vérité. Ta parole est la vérité» (Jean 17v14-17)
«Car quiconque aura honte de moi et de mes paroles, le Fils de l’Homme aura honte de lui, quand il viendra dans sa gloire» (Luc 9v26)
«Combats le bon combat de la foi, saisis la vie éternelle, à laquelle tu as été appelé, et pour laquelle tu as fait une belle confession en présence d’un grand nombre de témoins» (I Tim. 6v13)
#MerciDeResister !
Pst Paul OHLOTT
NOTES
- (1) N’oublions jamais que le fondement doctrinal de Romains 13 ne contredit aucunement la légitimité biblique d’une «désobéissance civile passive», voire d’une «résistance non-violente», lorsque les autorités humaines, qui sont normalement au service du «bien commun», entrent en conflit ouvert avec l’attachement des chrétiens à Dieu et à sa Parole. Ou lorsque les lois humaines obligent les chrétiens à poser des actes contraires à leur conscience. Le chapitre 5 des Actes nous inspire un cas concret de désobéissance civile de la part des premiers apôtres. Face aux menaces inadmissibles des autorités, les apôtres n’auront d’autre choix que de déclarer qu’il vaut «mieux obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes» (Ac. 5v29). Du reste, n’oublions pas, d’un point de vue historique, que les Apôtres du Christ ne sont pas les premiers à user de cette formule salvatrice, puisque cette idée était déjà bien connue dans le monde gréco-romain antique. En effet, Socrate disait déjà en son temps : «J’obéirais à Dieu plutôt qu’à vous» (Platon, Apologie de Socrate), lorsqu’il fut en procès à Athènes et que ses juges lui ordonnent de cesser l’enseignement de sa philosophie.
- (2) Déclaration du CNEF – Conseil National des Evangéliques de France – sur sa page facebook, le 02/02/2021.
- (3) «La république au-dessus de la religion» (Etienne Lhermenault, The Gospel Coalition, 01/08/2018).
- (4) «Il y a 1947 ans, les Romains détruisaient le temple de Jérusalem» (Michaël Girardin, Université de Lorraine, The Conversation, 14/11/2017).